Libor Nenutil, interprète des formations : « Les termes tels que "visa", "permis de séjour" ou "résidence permanente" sont primordiaux. Si on les confond, les conséquences peuvent être néfastes pour les étrangers. »

Libor Nenutil interprète les formations en anglais et en français. Il est interprète professionnel expérimenté, bloggueur et animateur d’ateliers pour les autres interprètes impliqués dans la formation d’intégration et d’adaptation « Bienvenue en République tchèque ».

La formation d’intégration pour les migrants dure huit heures et elle est remplie d’informations complexes. A ton avis, quelles sont les spécificités de l’interprétation de ce type d’évènement ?

Effectivement, certains thèmes abordés comme la législation relative aux titres de séjour, sont très complexes. Chaque mot est important.

Si les participants ne comprennent pas bien, il se peut que la validité de leur document ne soit plus prolongée ou que le document soit annulé. Les termes tels que visa, permis de séjour ou résidence permanente sont primordiaux. Si on les confond, les conséquences peuvent être néfastes pour les étrangers. Les gens ont tendance à ne pas faire la distinction donc il faut systématiquement vérifier si les formateurs et les participants se comprennent. Le rôle de l’interprète – transmettre le message avec précision – est essentiel. Un interprète n’est pas une machine à traduire. Il faut être extrêmement concentré pour pouvoir bien saisir le sens et le transposer dans l’autre langue en utilisant la terminologie adéquate.

En plus, les participants sont rarement des natifs ce qui rend notre tâche encore plus difficile.

De plus, nous ne pouvons jamais savoir qui sont les personnes qui assistent à la formation, s’ils ont fait des études, de quel milieu socio-culturel ils viennent, etc. On peut avoir un groupe très hétéroclite. C’est pourquoi il faut s’assurer que les renseignements sont bien expliqués et surtout bien compris. Il ne faut pas supposer que les gens connaissent le sujet.

Les formateurs et les interprètes doivent travailler avec l’aspect culturel, n’est-ce pas ?

Oui. Notre manière de percevoir certains concepts dans notre contexte socio-culturel peut être complétement différente de celle des autres. Le mieux c’est de ne pas s’attendre à ce que les gens soient familiers avec la thématique. Le pire c’est quand on croit que quelque chose est clair, parce que c’est souvent le contraire.

La formation interprétée en français, en quoi est-elle intéressante pour toi ?

La formation « française » est très spécifique. Généralement, les participants ne sont pas très nombreux, donc il y a une ambiance intime. Il y a pas mal de migrants francophones en Tchéquie mais ce n’est pas facile de les faire venir.

Ils sont souvent enfermés entre eux, dans des petites communautés de compatriotes où ils vivent, se partagent des renseignements et s’occupent de leurs démarches.

Une autre spécificité est la langue. Chacun parle un français différent. C’est une véritable incarnation de la Francophonie, car les participants qui assistent à la formation viennent de différents pays (d’Afrique en général). Chacun a un accent différent et c’est très intéressant linguistiquement mais aussi très difficile à la fois.

Aujourd’hui, tu as partagé ton expérience avec tes collègues. Quels sont les points les plus importants ?

Il ne faut surtout pas répondre aux questions des participants. C’est aux formateurs de le faire. L’interprète doit jouer son rôle et être conscient où il commence mais surtout où il s’arrête. Et ne pas proposer des services, évidemment.

Deuxièmement, c’est la préparation pour la mission d’interprétation. La plupart du travail de l’interprète ne se voit pas sur place. Il faut bien se préparer – réviser la terminologie et étudier d’autres documents.

Puis il faut garder la tête froide et ne pas stresser. Il y a une bonne ambiance et ce n’est pas la fin du monde. L’interprète fait partie indissociable de la formation et il faut que les participants se sentent à l’aise. C’est aux interprètes de « traduire » ce climat décontracté.

La formation d’intégration, la trouves-tu utile ?

Je pense que je serais plus en mesure de le dire si j’étais étranger. En tout cas, je trouve ça bien qu’elle existe parce que c’est une superbe occasion pour obtenir des renseignements fiables gratuitement. La formation est ouverte à tous. Ce qui me plaît, c’est que tout le monde a les mêmes conditions de départ pour commencer une nouvelle vie en Tchéquie sans complications et sans ennuis.